Chabouté a encore frappé.

A chaque fois, je me dis que ça ne fonctionnera pas. Il ne peut pas raconter un truc aussi insignifiant et nous donner envie de tourner les pages, aussi beau son dessin fut-il.

Déjà, le gardien de phare qui vit “tout seul”, à qui il n’arrive rien, tu te dis que ça ne suffit pas pour faire un récit. Première erreur.

Quoi? Il a recommencé ? Ah non, cette fois, il a fait pire, il dessine un banc public. Pas de dialogue. Le personnage principal de la Bd est un BANC PUBLIC. Oui, à d’autres, comme si ça pouvait être intéressant. Seconde erreur.

Un banc public voit passer des gens différents tous les jours. Des habitués, des gens de passage, les travailleurs du parc.

Des enfants, des adultes, des adolescents, des vieux. De la joie, des larmes, du désespoir, de l’envie, du désir, de la peur, de la résignation, de la tristesse, du doute, de la joie.

Tout ça sans paroles, juste en suivant le ballet de ces gens qui ne se bécotent pas forcément sur le banc public. Et tu tournes les pages parce que tu espères que le SDF ne reviendra plus sur ce banc pour se faire jeter, parce que tu veux continuer à voir les deux vieux amoureux partager le même gâteau, parce que tu te demandes si un de ces enfants ne va pas finir par abîmer le banc.

Il y a des auteurs qui en disent beaucoup sur les gens sans leur donner la parole. Il y a des auteurs talentueux. Chabouté est de ceux-là…

Respect, j’ai lu et beaucoup aimé une bd qui parle d’un banc…