Des clous qui dépassent. Faut avouer, c’est chiant les clous qui dépassent. Ça fait mal, ça nous oblige à nous pencher sur des détails ou encore à changer de chemin. Ça emmerde car ça nous ralentit, ça nous met le doute sur notre façon de nous y prendre.

Alors on tape dessus jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans le bois, jusqu’à ce qu’ils ne dépassent plus, jusqu’à ce qu’ils se taisent et nous laissent reprendre la ligne droite qu’on s’était fixé.

Dis comme ça, qui va bien pouvoir s’élever pour défendre ces pauvres clous qui n’ont rien demandé. Oui, mais si ces clous sont des êtres humains qui ne s’intègrent pas comme il faudrait dans une entreprise ? Oui mais, si ces clous sont des gens qui refusent l’uniformisation ? Et si ces clous sont simplement des gens qui travaillent pour manger, élever leurs gosses, aider leurs familles ou finir leur thèse ? Oui mais si ces gens, on essayait de les détruire parce qu’ils ne rentrent pas dans le moule ?

Tatiana Arfel nous plonge dans le monde de l’entreprise dans ce roman. Celui qu’on ne veut pas connaître, celui fait de pression, de stress et d’angoisse. Celui qui pousse certains employés à se suicider sur leur lieu de travail tellement on les a poussés à bout.

Un séminaire de remotivation est mis en place chez Human Tool, pour aider six mauvais éléments à s’améliorer. Coachés par un comédien qui refuse de voir la réalité de ce qu’on lui demande, ils sont au bord du gouffre, poussés à la faute par la DRH impitoyable et le PDG qui ne voit dans ce stratagème qu’un nouveau produit à vendre. Une entreprise montrée comme un exemple de réussite qu’il faut essayer d’égaler.

Un roman à plusieurs voix, froid, tranchant, sans empathie. Un roman qui dérange et, comme toujours dans ces cas-là, nous interrogent sur la société que nous voulons, notre pouvoir de résistance. Oui, je m’emballe et alors ?

Alors vous savez quoi ? J’ai envie d’être un clou qui dépasse et tu peux toujours essayer de me taper sur la tête pour me faire taire ou rejoindre les rangs, tu n’y arriveras pas…

Tatiana Arfel, Des clous, José Corti.

Et si tu n’as pas lu son premier roman L’attente du soir, cher lecteur, fonce, c’est un beau moment à vivre.

Ps : ce roman a été écrit avant que la vague de suicide chez un certain opérateur téléphonique commence. L’auteur pensait qu’elle avait été trop loin dans son histoire, genre “quand même, ça peut pas se passer comme ça”. Encore une fois, la réalité est pire que la fiction et ça fait mal !

  1. soundofwords a publié ce billet